Voyage du Pape François au Myanmar et au Bangladesh 26 novembre – 2 décembre 2017

Nous vous proposons de suivre le Pape François lors de son voyage au Myanmar et au Bangladesh à travers quelques textes.

Du Pape
Opus Dei - Voyage du Pape François au Myanmar et au Bangladesh  26 novembre – 2 décembre 2017

Pour une information complète : site du Vatican


MERCREDI 29 NOVEMBRE 2017

MESSE

HOMÉLIE DU SAINT-PÈRE

Kyaikkasan Ground (Yangon)

Chers frères et sœurs,

avant de venir dans ce pays, j’ai longtemps attendu ce moment. Beaucoup parmi vous sont venus de loin et de régions montagneuses éloignées, quelques-uns aussi à pied. Je suis venu comme un pèlerin pour vous écouter et apprendre de vous, et pour vous offrir quelques paroles d’espérance et de consolation.

La première lecture d’aujourd’hui, du livre de Daniel, nous aide à voir combien la sagesse du roi Balthazar et de ses voyants est limitée. Ils savaient comment louer « leurs dieux d’or et d’argent, de bronze et de fer, de bois et de pierre » (Dn 5, 4), mais ils ne possédaient pas la sagesse pour louer Dieu dans les mains duquel est notre vie et notre souffle. Daniel au contraire, avait la sagesse du Seigneur et il était capable d’interpréter ses grands mystères.

L’interprète définitif des mystères de Dieu est Jésus. Il est la sagesse de Dieu en personne (cf. 1 Co 1, 24). Jésus ne nous a pas enseigné sa sagesse avec de longs discours ou par de grandes démonstrations de pouvoir politique ou terrestre, mais en donnant sa vie sur la croix. Nous pouvons tomber quelquefois dans le piège de faire confiance à notre sagesse elle-même, mais la vérité est que nous pouvons facilement perdre le sens de la direction. À ce moment, il est nécessaire de nous rappeler que nous disposons devant nous d’une boussole sûre, le Seigneur crucifié. Dans la croix, nous trouvons la sagesse, qui peut guider notre vie avec la lumière qui provient de Dieu.

De la croix, vient aussi la guérison. Là, Jésus a offert ses blessures au Père pour nous, les blessures par lesquelles nous sommes guéris (cf. 1 P 2, 24). Que ne nous manque jamais la sagesse de trouver dans les blessures du Christ la source de tout soin ! Je sais qu’au Myanmar beaucoup portent les blessures de la violence, qu’elles soient visibles ou invisibles. La tentation est de répondre à ces blessures avec une sagesse mondaine qui, comme celle du roi dans la première lecture, est profondément faussée. Nous pensons que le soin peut venir de la colère et de la vengeance. La voie de la vengeance n’est cependant pas la voie de Jésus.

La voie de Jésus est radicalement différente. Quand la haine et le refus l’ont conduit à la passion et à la mort, il a répondu par le pardon et la compassion. Dans l’Evangile d’aujourd’hui, le Seigneur nous dit que, comme lui, nous aussi nous pouvons rencontrer le refus et des obstacles, mais que toutefois, il nous donnera une sagesse à laquelle personne ne peut résister (cf. Lc 21, 15). Il parle ici de l’Esprit Saint, par lequel l’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs (cf. Rm 5, 5). Avec le don de l’Esprit, Jésus rend capable chacun de nous d’être signes de sa sagesse, qui triomphe sur la sagesse de ce monde, et signes de sa miséricorde, qui apporte aussi soulagement aux blessures les plus douloureuses.

À la veille de sa passion, Jésus s’est donné à ses Apôtres sous les espèces du pain et du vin. Dans le don de l’Eucharistie, nous ne reconnaissons pas seulement avec les yeux de la foi, le don de son corps et de son sang ; nous apprenons aussi comment trouver le repos dans ses blessures, et là être purifiés de tous nos péchés et de nos routes déformées. En prenant refuge dans les blessures du Christ, chers frères et sœurs, vous pouvez goûter le baume apaisant de la miséricorde du Père et trouver la force de le porter aux autres, pour oindre chaque blessure et chaque mémoire douloureuse. De cette manière, vous serez des fidèles témoins de la réconciliation et de la paix, que Dieu désire voir régner dans chaque cœur humain et dans chaque communauté.

Je sais que l’Eglise au Myanmar fait déjà beaucoup pour porter le baume de guérison de la miséricorde de Dieu aux autres, spécialement à ceux qui en ont le plus besoin. Il y a des signes clairs que, même avec des moyens très limités, de nombreuses communautés proclament l’Evangile à d’autres minorités tribales, sans jamais forcer ou contraindre, mais toujours en invitant et en accueillant. Au milieu d’une grande pauvreté et de difficultés, beaucoup parmi vous offrent concrètement assistance et solidarité aux pauvres et à ceux qui souffrent. A travers l’attention quotidienne de ses évêques, prêtres, religieux et catéchistes, et particulièrement à travers le louable travail de Catholic Karuna Myanmar et de la généreuse assistance fournie par les Œuvres Pontificales missionnaires, l’Église dans ce pays aide un grand nombre d’hommes, de femmes et d’enfants, sans distinction de religion ou de provenance ethnique. Je peux témoigner que l’Église ici est vivante, que le Christ est vivant et qu’il est là, avec vous et avec vos frères et sœurs des autres communautés chrétiennes. Je vous encourage à continuer de partager avec les autres la sagesse sans prix que vous avez reçue, l’amour de Dieu qui jaillit du cœur de Jésus.

Jésus veut donner cette sagesse en abondance. Certainement, il récompensera vos efforts de semer des graines de guérison et de réconciliation dans vos familles, vos communautés et dans la société plus vaste de cette nation. Ne nous a-t-il pas dit que sa sagesse est irrésistible (cf. Lc 21, 15) ? Son message de pardon et de miséricorde utilise une logique que tous ne voudront pas comprendre, et qui rencontrera des obstacles. Cependant son amour, révélé sur la croix est, en dernière analyse, inéluctable. Il est comme un “GPS spirituel”; qui nous guide infailliblement vers la vie intime de Dieu et le cœur de notre prochain.

La Bienheureuse Vierge Marie a suivi aussi son Fils sur la montagne obscure du Calvaire et elle nous accompagne à chaque pas de notre voyage terrestre. Qu’elle puisse, Elle, nous obtenir toujours la grâce d’être des messagers de la véritable sagesse, profondément miséricordieux envers ceux qui sont dans le besoin, avec la joie qui vient du repos dans les blessures de Jésus, qui nous a aimés jusqu’au bout.

Que Dieu vous bénisse tous ! Que Dieu bénisse l’Église au Myanmar ! Qu’il bénisse cette terre par sa paix ! Que Dieu bénisse le Myanmar !

source : http://w2.vatican.va/content/francesco/fr/homilies...


RENCONTRE AVEC LE COMITÉ D'ÉTAT SHANGA MAHA NAYAKA
DES MOINES BUDDHISTES

DISCOURS DU PAPE FRANÇOIS

Kaba Aye Centre (Yangon)

C’est une grande joie pour moi d’être avec vous. Je remercie le

Vénérable Bhaddanta Kumarabivamsa, Président du Comité d’État Sangha

Maha Nayaka, pour ses paroles de bienvenue et pour ses efforts dans

l’organisation de ma visite ici aujourd’hui. En vous saluant tous,

j’exprime mon appréciation particulière pour la présence de Son

Excellence Thura Aung Ko, Ministre pour les Affaires Religieuses et la

Culture.

Notre rencontre est une occasion importante pour renouveler et renforcer les liens d’amitié et de respect entre bouddhistes et catholiques. C’est aussi une opportunité pour affirmer notre engagement pour la paix, le respect de la dignité humaine et la justice pour chaque homme et chaque femme. Non seulement au Myanmar, mais aussi dans le monde entier, les personnes ont besoin de ce témoignage commun de la part des leaders religieux. Car, quand nous parlons d’une seule voix en affirmant la valeur pérenne de la justice, de la paix et de la dignité fondamentale de chaque être humain, nous offrons une parole d’espérance. Nous aidons les bouddhistes, les catholiques et toutes les personnes à lutter pour une plus grande harmonie dans leurs communautés.

A toute époque, l’humanité fait l’expérience d’injustices, de moments de conflits et d’inégalité entre les personnes. En notre temps-même, ces difficultés semblent être particulièrement graves. Même si la société a accompli un grand progrès technologique et si les personnes dans le monde sont toujours plus conscientes de leur commune humanité et de leur destin commun, les blessures des conflits, de la pauvreté et de l’oppression subsistent, et créent de nouvelles divisions. Face à ces défis, nous ne devons jamais nous résigner. Sur les bases de nos traditions spirituelles respectives, nous savons en effet qu’il existe une voie pour aller de l’avant, qu’il existe un chemin qui conduit à la guérison, à la compréhension mutuelle et au respect. Une voie fondée sur la compassion et sur l’amour.

Je désire exprimer mon estime à tous ceux qui au Myanmar vivent selon les traditions religieuses du Bouddhisme. A travers les enseignements du Bouddha, et le témoignage zélé de si nombreux moines et moniales, les gens de cette terre ont été formés aux valeurs de la patience, de la tolérance et du respect de la vie, ainsi qu’à une spiritualité attentive à notre environnement naturel et profondément respectueuse de celui-ci. Comme nous le savons, ces valeurs sont essentielles pour un développement intégral de la société, à partir de la plus petite mais de la plus fondamentale unité, la famille, pour s’étendre ensuite aux réseaux de relations qui nous mettent en étroite connexion – relations enracinées dans la culture, dans l’appartenance ethnique et nationale, mais en dernière analyse enracinées dans l’appartenance à une commune humanité. Dans une véritable culture de la rencontre, ces valeurs peuvent renforcer nos communautés et aider à répandre la lumière si nécessaire à l’ensemble de la société.

Le grand défi de nos jours est d’aider les personnes à s’ouvrir au transcendant. Etre capables de regarder profondément à l’intérieur de soi et de se connaître soi-même de manière à reconnaître l’interconnexion réciproque entre toutes les personnes. Se rendre compte que nous ne pouvons pas rester isolés les uns des autres. Si nous devons être unis, et c’est là notre propos, il est nécessaire de dépasser toutes les formes d’incompréhension, d’intolérance, de préjugé et de haine. Comment pouvons-nous le faire ? Les paroles du Bouddha offrent à chacun de nous un guide : « Elimine la colère avec l’absence de colère, vaincs le méchant avec la bonté, défais l’avare avec la générosité, vaincs le menteur avec la vérité » (Dhammapada, XVII, 223). La prière attribuée à Saint François d’Assise exprime des sentiments semblables : « Seigneur, fais de moi un instrument de ta paix. Là où est la haine que je porte l’amour, là où est l’offense que je porte le pardon… Là où sont les ténèbres que je porte la lumière, et là où est la tristesse que je porte la joie ».

Puisse cette Sagesse continuer à inspirer tout effort pour promouvoir la patience et la compréhension, et pour guérir les blessures des conflits qui au fil des années ont divisé les personnes de diverses cultures, ethnies et convictions religieuses. Ces efforts ne sont jamais seulement les prérogatives des leaders religieux, et ne sont pas de la compétence exclusive de l’État. Bien plutôt, c’est toute la société, tous ceux qui sont présents au sein de la communauté qui doivent participer au travail de dépassement du conflit et de l’injustice. Cependant, c’est la responsabilité particulière des leaders civils et religieux d’assurer que chaque voix soit entendue, afin que les défis et les besoins du moment puissent être clairement compris et confrontés dans un esprit d’impartialité et de solidarité réciproque. J’adresse mes compliments pour le travail que la Panglong Peace Conference réalise à ce propos, et je prie afin que ceux qui guident cet effort puissent continuer à promouvoir une plus grande participation de la part de tous ceux qui vivent au Myanmar. Cela contribuera assurément à l’engagement pour faire avancer la paix, la sécurité et une prospérité qui soit inclusive à tous.

Pour que ces efforts produisent des fruits durables, une plus grande coopération entre les leaders religieux sera certainement, nécessaire. A ce sujet, je désire que vous sachiez que l’Église Catholique est un partenaire disponible. Les opportunités de rencontre et de dialogue entre les leaders religieux représentent un élément important dans la promotion de la justice et de paix au Myanmar. Je suis bien conscient qu’au mois d’avril dernier, la Conférence des Évêques Catholiques a accueilli une rencontre de deux jours sur la paix, à laquelle ont participé les chefs des différentes communautés religieuses, ainsi que des ambassadeurs et des représentants d’agences non gouvernementales. Si nous devons approfondir notre connaissance réciproque et affirmer notre interconnexion et notre destin commun, ces rencontres sont essentielles. La justice authentique et la paix durable peuvent être atteintes seulement quand elles sont garanties à tous.

Chers amis, puissent les Bouddhistes et les Catholiques cheminer ensemble sur ce chemin de guérison, et travailler côte à côte pour le bien de chaque habitant de cette terre. Dans les Écritures chrétiennes, l’Apôtre Paul exhorte ses auditeurs à se réjouir avec ceux qui sont dans la joie, à pleurer avec ceux qui pleurent (Cf. Rm. 12,15), portant humblement les fardeaux les uns des autres (Cf. Gal. 6,2). Au nom de mes frères et sœurs Catholiques, j’exprime notre disponibilité pour continuer à cheminer avec vous et à semer des graines de paix et de guérison, de compassion et d’espérance sur cette terre.

Je vous remercie à nouveau de m’avoir invité à être ici aujourd’hui avec vous. Sur vous tous, j’appelle la bénédiction divine de la joie et de la paix.

Source : http://w2.vatican.va/content/francesco/fr/events/e...


RENCONTRE AVEC LES ÉVÊQUES DU MYANMAR

DISCOURS DU PAPE FRANÇOIS

Salle de la Cathédrale St Mary's (Yangon)

Eminence,

chers frères Evêques,

Cette journée a été, pour nous tous, bien remplie, mais de grande joie ! Ce matin nous avons célébré l’Eucharistie avec les fidèles venant de toutes les parties du pays, et dans l’après-midi nous avons rencontré les leaders de la communauté bouddhiste majoritaire. J’aimerais que notre rencontre ce soir soit un moment de sereine gratitude pour ces bénédictions, et de tranquille réflexion sur les joies et sur les défis de votre ministère de Pasteurs du troupeau du Christ dans ce pays. Je remercie Monseigneur Felix [Lian Khen Thang] pour les paroles de salutation qu’il m’a adressées en votre nom ; je vous embrasse tous dans le Seigneur avec grande affection.

Je voudrais rassembler mes pensées autour de trois paroles : guérison, accompagnement et prophétie.

La première, guérison. L’Evangile que nous prêchons est surtout un message de guérison, de réconciliation et de paix. Par le sang du Christ sur la croix, Dieu a réconcilié le monde avec lui et il nous a envoyés pour être des messagers de cette grâce qui guérit, grâce de guérison. Ici, au Myanmar, ce message a une résonnance particulière, étant donné que le pays travaille à vaincre des divisions profondément enracinées et à construire l’unité nationale. Vos troupeaux portent les traces de ce conflit, et ils ont produit de valeureux témoins de la foi et des antiques traditions. Pour vous, la prédication de l’Evangile ne doit donc pas être seulement une source de consolation et de force, mais aussi un appel à favoriser l’unité, la charité et la guérison dans la vie du peuple. L’unité que nous partageons et célébrons naît de la diversité – ne pas oublier cela, elle naît de la diversité - ; elle valorise les différences entre les personnes en tant que source d’enrichissement mutuel et de croissance ; elle les invite à se retrouver ensemble, dans une culture de la rencontre et de la solidarité.

Dans votre ministère épiscopal, puissiez-vous faire constamment l’expérience de la conduite et de l’aide du Seigneur dans l’engagement à favoriser la guérison et la communion à tout niveau de la vie de l’Eglise, de sorte que le saint Peuple de Dieu, votre troupeau, par son exemple de pardon et d’amour qui réconcilie, puisse être sel et lumière pour les cœurs qui aspirent à cette paix que le monde ne peut donner. La communauté catholique au Myanmar peut être fière de son témoignage prophétique d’amour pour Dieu et le prochain qui s’exprime dans l’engagement pour les pauvres, pour ceux qui sont privés de droits et surtout, ces temps-ci, pour tant de déplacés qui, pour ainsi dire, gisent blessés au bord de la route. Je vous demande de transmettre mes remerciements à tous ceux qui, comme le bon Samaritain, se dévouent avec générosité pour leur porter, ainsi qu’au prochain dans le besoin, le baume de la guérison, sans tenir compte de la religion ou de l’ethnie.

Votre ministère de guérison trouve une expression particulière dans l’engagement pour le dialogue œcuménique et pour la collaboration interreligieuse. Je prie afin que vos continuels efforts pour construire des ponts de dialogue et pour vous unir aux adeptes d’autres religions en tissant des relations de paix produisent des fruits abondants pour la réconciliation dans la vie du pays. La conférence de paix interreligieuse qui s’est tenue à Yangon le printemps dernier a été un témoignage important, devant le monde, de la détermination des religions à vivre en paix et à rejeter tout acte de violence et de haine perpétré au nom de la religion.

Et dans cette guérison, rappelez-vous que l’Eglise est un “hôpital de campagne”. Guérir, guérir les blessures, guérir les âmes, guérir. C’est votre première mission, guérir, guérir les blessés.

Ma deuxième parole pour vous ce soir est accompagnement. Un bon pasteur est constamment présent à son troupeau, il marche à ses côtés en le conduisant. Comme j’aime le dire, le Pasteur devrait porter l’odeur des brebis ; mais aussi l’odeur de Dieu, ne l’oubliez pas !, aussi l’odeur de Dieu. De nos jours, nous sommes appelés à être une “Eglise en sortie” pour porter la lumière du Christ à toute périphérie (cf. Evangelii gaudium, n. 20). En tant qu’Evêques, vos vies et votre ministère sont appelés à se configurer à cet esprit d’engagement missionnaire, surtout par les visites pastorales régulières aux paroisses et aux communautés qui forment vos Eglises locales. Ceci est un moyen privilégié pour accompagner, comme des pères aimants, vos prêtres dans l’engagement quotidien à faire grandir le troupeau en sainteté, fidélité et esprit de service. J’ai parlé d’accompagner les prêtres : soyez proches des prêtres, n’oubliez pas que le prochain le plus proche qu’a un évêque est le prêtre. Que chaque prêtre non seulement le sache, mais sente qu’il a dans l’évêque, un père.

Par la grâce de Dieu, l’Eglise au Myanmar a hérité d’une foi solide et d’un fervent souffle missionnaire, grâce à l’œuvre de ceux qui ont porté l’Evangile en cette terre. Sur ces fondements stables, et en communion avec les prêtres et les religieux, continuez à imprégner les laïcs d’un authentique esprit de disciple missionnaire, et à rechercher une sage inculturation du message évangélique dans la vie quotidienne et dans les traditions de vos communautés locales. La contribution des catéchistes est, à cet égard, essentielle. Leur enrichissement par la formation doit rester pour vous une priorité. Et n’oubliez pas que les catéchistes sont les piliers, dans chaque paroisse, de l’évangélisation.

Par-dessus tout, je voudrais vous demander un engagement spécial dans l’accompagnement des jeunes. Occupez-vous de leur formation aux sains principes moraux qui les guideront pour affronter les défis d’un monde menacé par les colonisations idéologiques et culturelles. Le prochain Synode des Evêques regardera non seulement ces aspects, mais il interpellera directement les jeunes, en écoutant leurs histoires et en les impliquant dans le discernement commun pour une meilleure proclamation de l’Evangile dans les années à venir. Une des grandes bénédictions de l’Eglise au Myanmar est sa jeunesse et, en particulier, le nombre de séminaristes et de jeunes religieux. Remercions Dieu pour cela. Dans l’esprit du Synode, s’il vous plaît, impliquez-les et soutenez-les dans leur parcours de foi, parce qu’ils sont appelés, à travers leur idéalisme et leur enthousiasme, à être des évangélisateurs joyeux et convaincants des jeunes de leur âge.

Ma troisième parole pour vous est prophétie. L’Eglise au Myanmar témoigne tous les jours de l’Evangile par ses œuvres éducatives et caritatives, sa défense des droits humains, son soutien aux principes démocratiques. Puissiez-vous mettre la communauté catholique dans les conditions de continuer à avoir un rôle constructif dans la vie de la société, en faisant entendre votre voix sur les questions d’intérêt national, particulièrement en insistant sur le respect de la dignité et des droits de tous, et de manière spéciale des plus pauvres et des plus vulnérables. J’ai confiance que la stratégie pastorale quinquennale, que l’Eglise a mise en œuvre, dans le contexte plus vaste de la construction de l’Etat, portera des fruits abondants, non seulement pour l’avenir des communautés locales, mais aussi du pays tout entier. Je fais référence spécialement à la nécessité de protéger l’environnement et d’assurer une correcte utilisation des riches ressources naturelles du pays au bénéfice des générations à venir. La garde du don divin de la création ne peut pas être séparée d’une saine écologie humaine et sociale. En effet « La protection authentique de nos relations avec la nature est inséparable de la fraternité, de la justice ainsi que de la fidélité aux autres » (Laudato si’, n.70).

Chers frères Evêques, je remercie Dieu pour ce moment de communion et je prie pour que le fait d’être ensemble nous renforce dans notre engagement à être des pasteurs fidèles et des serviteurs du troupeau que le Christ nous a confié. Je sais que votre ministère est prenant et que, avec vos prêtres, vous peinez souvent sous « le poids du jour et de la chaleur » (Mt 20, 12). Je vous exhorte à maintenir un équilibre pour votre santé, tant physique que spirituelle, et à penser, paternellement, à la santé de vos prêtres.

Et en parlant de santé spirituelle, rappelez-vous de la première tâche de l’évêque. Quand les premiers chrétiens ont reçu les plaintes des Hellénistes parce que leurs veuves et leurs enfants étaient négligés, les apôtres se sont réunis et ont “inventé” les diacres. Et Pierre annonce cette nouvelle et annonce aussi la tâche de l’évêque en disant ainsi : « Quant à nous, nous resterons assidus à la prière et au service de la Parole » (cf. Ac 6, 1-6). La prière est la première tâche de l’évêque. Chacun de nous, évêque, devra se demander, le soir, dans l’examen de conscience “Combien d’heures ai-je prié aujourd’hui ?.

Chers frères, je vous exhorte à maintenir l’équilibre de la santé physique et spirituelle. Surtout, je vous encourage à grandir chaque jour dans la prière et dans l’expérience de l’amour réconciliant de Dieu, car c’est la base de votre identité sacerdotale, la garantie de la solidité de votre prédication et la source de la charité pastorale avec laquelle vous conduisez le Peuple de Dieu sur les sentiers de la sainteté et de la vérité. Avec grande affection j’invoque la grâce du Seigneur sur vous, sur les prêtres, les religieux et sur tous les laïcs de vos Eglises locales. Je vous demande, s’il vous plaît, de ne pas oublier de prier pour moi.

Et maintenant, je vous invite à prier tous ensemble, vous en birman, moi en espagnol, l’Ave Maria à la Vierge Marie.

[Ave Maria]

Que Dieu Tout-Puissant vous bénisse, le Père, le Fils et l’Esprit Saint.

source :vatican.va


MARDI 28 NOVEMBRE 2017

RENCONTRE AVEC LES AUTORITÉS DU GOUVERNEMENT, LA SOCIÉTÉ CIVILE ET LE CORPS DIPLOMATIQUE

DISCOURS DU PAPE FRANÇOIS

International Convention Centre (Nay Pyi Taw)


Madame le Conseiller d’Etat,
Honorables membres du Gouvernement et Autorités civiles,
Monsieur le Cardinal, vénérés Frères dans l’Épiscopat,
Distingués membres du Corps Diplomatique,
Mesdames et Messieurs,

J’exprime ma vive reconnaissance pour l’aimable invitation à visiter le Myanmar, et je remercie Madame le Conseiller d’Etat pour ses paroles cordiales.

Je remercie beaucoup tous ceux qui ont infatigablement travaillé pour rendre possible cette visite. Je suis venu surtout pour prier avec la communauté catholique du pays, petite, mais fervente, pour la confirmer dans la foi et pour l’encourager dans son effort de contribution au bien de la nation. Je suis très reconnaissant que ma visite se déroule après l’établissement des relations diplomatiques formelles entre le Myanmar et le Saint-Siège. Je voudrais voir cette décision comme un signe de l’engagement de la nation à poursuivre le dialogue et la coopération constructive à l’intérieur de la communauté internationale plus grande, comme aussi à renouveler le tissu de la société civile.

Je voudrais aussi que ma visite puisse rejoindre toute la population du Myanmar et offrir une parole d’encouragement à tous ceux qui travaillent pour construire un ordre social juste, réconcilié et inclusif. Le Myanmar a été béni par le don d’une extraordinaire beauté et de nombreuses ressources naturelles ; mais son trésor le plus grand est certainement son peuple, qui a beaucoup souffert et continue à souffrir à cause des conflits civils et des hostilités qui ont trop longtemps duré et qui ont créé de profondes divisions. Puisque la nation travaille à présent à retrouver la paix, la guérison de ces blessures ne peut pas ne pas être une priorité politique et spirituelle fondamentale. Je peux seulement exprimer mon appréciation pour les efforts du Gouvernement qui affronte ce défi, en particulier à travers la Conférence de Paix de Panglong, qui réunit les représentants des divers groupes pour tenter de mettre fin à la violence, de construire la confiance et de garantir le respect des droits de tous ceux qui considèrent cette terre comme leur maison.

En effet, le processus ardu de construction de la paix et de la réconciliation nationale ne peut avancer qu’à travers l’engagement pour la justice et le respect des droits humains. La sagesse des sages a défini la justice comme la volonté de reconnaître à chacun ce qui lui est dû, tandis que les anciens prophètes l’ont considérée comme le fondement de la paix, vraie et durable. Ces intuitions, confirmées par la tragique expérience de deux guerres mondiales, ont conduit à la création des Nations Unies et à la Déclaration universelle des droits de l’homme comme base aux efforts de la communauté internationale pour promouvoir dans le monde entier la justice, la paix et le développement humain, ainsi que pour résoudre les conflits par le dialogue et non par l’usage de la force. En ce sens, la présence du Corps Diplomatique au milieu de nous témoigne non seulement de la place que le Myanmar occupe parmi les nations, mais aussi de l’engagement du pays à maintenir et à poursuivre ces principes fondamentaux. L’avenir du Myanmar doit être la paix, une paix fondée sur le respect de la dignité et des droits de tout membre de la société, sur le respect de tout groupe ethnique et de son identité, sur le respect de l’état de droit et d’un ordre démocratique qui permette à chaque individu et à tout groupe – aucun n’étant exclu – d’offrir sa contribution légitime au bien commun.

Dans le grand travail de réconciliation et d’intégration nationale, les communautés religieuses du Myanmar ont un rôle privilégié à jouer. Les différences religieuses ne doivent pas être des sources de division et de méfiance, mais plutôt une force pour l’unité, pour le pardon, pour la tolérance et pour la sage construction de la nation. Les religions peuvent jouer un rôle significatif dans la guérison des blessures émotionnelles, spirituelles et psychologiques de ceux qui ont souffert durant les années de conflit. Puisant à ces valeurs profondément enracinées, elles peuvent aider à extirper les causes du conflit, à construire des ponts de dialogue, à rechercher la justice et à être une voix prophétique pour ceux qui souffrent. C’est un grand signe d’espérance que les leaders des différentes traditions religieuses de ce pays se soient engagés à travailler ensemble, dans un esprit d’harmonie et le respect réciproque, pour la paix, pour aider les pauvres et pour éduquer aux authentiques valeurs religieuses et humaines. En cherchant à construire une culture de la rencontre et de la solidarité, elles contribuent au bien commun et posent les bases morales indispensables d’un avenir d’espérance et de prospérité pour les générations à venir.

Cet avenir est encore aujourd’hui entre les mains des jeunes de la nation. Les jeunes sont un don à aimer et à encourager, un investissement qui produira un riche revenu seulement face à de réelles possibilités d’emploi et à une instruction de qualité. Ceci requiert d’urgence la justice intergénérationnelle. L’avenir du Myanmar, dans un monde en rapide évolution et interconnexion, dépendra de la formation de ses jeunes, non seulement dans les secteurs techniques, mais surtout aux valeurs éthiques d’honnêteté, d’intégrité et de solidarité humaine qui peuvent garantir le renforcement de la démocratie et la croissance de l’unité et de la paix à tous les niveaux de la société. La justice entre générations demande également que les générations futures héritent d’un environnement naturel non contaminé par l’avidité et le pillage humain. Il est indispensable que nos jeunes ne soient pas dépossédés de l’espérance et de la possibilité d’employer leur idéalisme et leurs talents dans le projet d’avenir de leur pays, et même de la famille humaine tout entière.

Madame le Conseiller d’Etat, chers amis,

Je désire ces jours-ci encourager mes frères et sœurs catholiques à persévérer dans leur foi et à continuer d’exprimer leur message de réconciliation et de fraternité à travers des œuvres caritatives et humanitaires dont toute la société puisse bénéficier. C’est mon espérance que, dans la coopération respectueuse avec les adeptes des autres religions, et avec tous les hommes et femmes de bonne volonté, ils contribuent à ouvrir une ère nouvelle de concorde et de progrès pour les peuples de cette région bien aimée. Longue vie au Myanmar ! Je vous remercie pour votre attention et, avec mes vœux les meilleurs pour votre service pour le bien commun, j’invoque sur vous tous les bénédictions divines de sagesse, de force et de paix.

Merci.

Source : vatican.va