Les bienfaits de l’aumône

Benoît XVI a insisté, dans sa traditionnelle lettre de Carême, sur l'importance de l'aumône. Nous vous proposons, à travers ce texte de J. Grifone, d'en approfondir la notion

Prière et pénitence ne suffisent pas

Comme le saint Père l’a rappelé, l’aumône est, avec la prière et la pénitence, l’une des pratiques traditionnelles du Carême. Prière et pénitence ne suffisent pas pour entrer dans le Royaume des Cieux. Le Christ nous met en garde  : «  Ce ne sont pas ceux qui disent Seigneur, Seigneur ! qui rentreront dans les Royaume des Cieux » (Mt 7, 21), et il nous prévient que la miséricorde vaut plus que tous les sacrifices (Mt 9, 13). Il nous indique quel est le chemin obligé : ouvrir son cœur aux besoins matériels et spirituels des nécessiteux, de ceux qui souffrent. Lorsqu’il viendra dans sa gloire pour juger les vivants et les morts, le Christ appellera à lui ceux qui ont pratiqué la miséricorde : donné à manger, à boire, accueilli les étrangers, visité les prisonniers... Et il rejettera – les paroles sont dures– ceux qui ont fermé leur cœur au prochain (Mt 25, 31-46).

La miséricorde

La miséricorde est la vertu par laquelle on prend pitié de celui qui souffre et on se sent pressé à lui prêter secours. Notons qu’elle a un sens, une direction. Elle va vers celui qui, sous un certain aspect, est dans une situation d’infériorité. On n’exerce pas la "miséricorde" envers quelqu’un qui est riche, heureux et bien portant… Ainsi, d’une manière absolue, la miséricorde convient à Dieu, qui est le Bien souverain et s’adresse aux hommes pour les relever de leur détresse. Saint Paul dit même qu’Il est « Père de miséricorde » : toute œuvre de miséricorde réalisée par les hommes a sa source en Dieu, imite la miséricorde divine, participe à sa perfection.

On peut comprendre ainsi deux choses. D’une part son caractère essentiel pour le salut : la miséricorde nous permet d’une certaine manière de reproduire en nous les traits divins. Et d’autre part, aussi, pourquoi la miséricorde chrétienne a des traits particuliers qui la protègent de la corruption. Dieu est Amour et la source de l’amour est Dieu : lorsque l’amour du prochain perd sa racine surnaturelle, comme il arrive souvent aujourd’hui, il est fragile, altérable et précaire. Jamais comme à notre époque on a autant parlé de droits de l’homme et jamais on a autant violé les droits fondamentaux des personnes les plus démunies, parfois au nom de la justice et de la liberté : les guerres, les déportations, les génocides se succèdent dans l’indifférence générale ; la marginalisation et le rejet des personnes âgées arrive jusqu’au meurtre délibéré pour « abréger des souffrances », comme on dit. Et comment qualifier l’atteinte portée à la dignité de la femme, lorsqu’on l’encourage à supprimer, au nom de ses droits, la vie innocente qu’elle porte en elle ?

Caractéristiques spécifiques de la miséricorde chrétienne

Pour comprendre le sens profond de la miséricorde chrétienne, considérons à nouveau le texte de saint Matthieu où le Seigneur accueille dans sa gloire ceux qui ont pratiqué la miséricorde. J’avais faim, dit-il, j’avais soif, j’étais seul, nu et sans abri, j’étais en prison et vous m’avez nourri, vêtu, visité. Chaque fois que vous aurez fait cela à l’un des mes frères les plus humbles, c’est à moi que vous l’aurez fait. Il est intéressant de noter que le Christ s’identifie non pas à celui qui donne, mais à celui qui souffre : au pauvre, au malade, au sans-abri, voire à celui qui est coupable de crimes et que la société a exclu.

En exerçant la charité, le chrétien reconnaît en celui qui souffre le Christ. C’est pourquoi le don ne se réduit pas à quelque chose de matériel, mais va plus profondément jusqu’à la personne  : il restitue au pauvre sa dignité. Que l’on pense à l’impact de l’œuvre de Mère Teresa, de Vincent de Paul ou de saint Jean Bosco, pour ne citer que des exemples : l’on pressent dans leurs gestes quelque chose de plus qu’un don matériel ou même spirituel ; leur action a quelque chose qui dépasse les frontières du fini, car il élève l’homme dans sa dignité de personne.

La pratique de l’aumône.

Ainsi l’aumône ne se limite pas à donner quelques pièces, même si cela est bien. Il faut savoir ouvrir son cœur et... son porte-monnaie. Que des résistances parfois à donner ! N’est-il pas vrai que l’on peut être plus généreux, envers le pauvre, envers l’Église ou à l’égard des institutions de bienfaisance qui comptent sur notre soutien ? Il faut, bien sûr, user de la prudence et du bon sens, mais donner est nécessaire et aide à être détaché de soi-même, à relativiser tant de problèmes superflus, à sentir son cœur plus libre.

Ceci est à la portée de tout le monde, même des plus démunis. Jésus est touché d’émotion devant la pauvre veuve qui verse deux piécettes dans le trésor du Temple (cf. Lc, 21, 1) et il récompense au delà de toute mesure sa générosité : le souvenir de cette femme, qui sûrement ne s’est doutée de rien, sera transmis à travers tous les siècles à toutes les générations.

Cependant l’aumône ne se réduit pas cela. C’est aussi de l’aumône que d’offrir un sourire, alors que l’on est peut-être fatigué ou préoccupé, voire amer ou irrité. Cela encourage, déride l’atmosphère, l’on se sent aimé et compris, ou du moins apprécié. Parfois cela est difficile, mais ce ne l’est pas vraiment si dans l’autre on sait voir le Christ.

L’aumône c’est aussi consoler les affligés, donner le conseil opportun enseigner, corriger lorsque cela est nécessaire – en voyant le Christ dans celui qui se trompe ! – écouter avec patience et avec une vraie attention et non seulement par politesse, prier pour les vivants et les défunts. Le Catéchisme de l’Église Catholique le rappelle (2447) et cela peut être un bon objectif de Carême que de relire et méditer ces points.